Image Creative Common

Il n’est pas fréquent que la très sérieuse revue Sciences et Avenir relaie des appels au boycott comme cela est le cas dans son article du 11 mai intitulé : Francis Bach explique pourquoi presque 3000 chercheurs boycotteront Nature Machine Intelligence (1). Il fait suite à celui de la revue Forbes du 30 avril :  » Tech Giant AI Researchers Boycott Nature Machine Intelligence Journal «  avec en photo Yann LeCun, Directeur du laboratoire d’IA de Facebook.

De quoi s’agit-il ? Nature, qui est la revue de référence de la communauté scientifique notamment dans le domaine des sciences physiques et de la vie, cherche à se développer dans le domaine informatique.

Nature est une revue payante dont le modèle économique est assez simple : les chercheurs proposent gratuitement des articles ; un comité scientifique de très haut niveau les sélectionne avec un processus rigoureux qui fait la qualité de Nature; les articles sont publiés dans la revue qui est uniquement accessible par abonnement, à un prix relativement élevé.

Constatons que ce modèle économique a fait ses preuves puisque la revue existe depuis …1869 et que son autorité n’a été contestée que très rarement en près de de 150 ans.

Nature va lancer en janvier 2019 une nouvelle revue, Nature Machine Intelligence (2) sur le modèle économique de la revue originelle.

Sauf que l’informatique s’est développée bien après les autres sciences qui sont habituellement traitées par Nature. Et que les publications de cette discipline… sont libres d’accès et donc gratuites.

Comme l’explique dans Sciences et Avenir, Francis Bach, Directeur de recherche à INRIA et co-éditeur du Journal of Machine Learning Research, signataire de cet appel au boycott : « Contrairement à la physique ou aux mathématiques, notre domaine n’existait pas il y a 40 ans,… or il est plus facile de créer un nouveau système en partant de zéro,… la plupart des publications d’envergure de ce domaine sont aujourd’hui disponibles en accès libre. Un choix de la communauté n’ayant rien à voir avec la qualité de la recherche. »

Contestation d’autant plus virulente que Nature envisage de rendre l’accès libre aux articles publiés à condition que les chercheurs qui les publient acceptent … de payer un surcoût !

Cet appel au boycott a eu un retentissement très important puisqu’en quelques semaines près de 3000 chercheurs de renommée internationale, dont bon nombre de directeurs de laboratoires de recherche, l’ont signé. Il est bien évident que la revue Nature Machine Intelligence n’aura la qualité et l’autorité souhaitées que si la communauté scientifique de l’IA y adhère. Ce qui semble mal parti.

Une réflexion intéressante car chacun comprend que ce boycott, et le conflit qu’il y a derrière, n’a rien de spécifique à l’Intelligence artificielle mais pose plus généralement la question de l’accès libre aux travaux de recherche. Surtout lorsque ceux-ci sont financés sur fond public.

Un débat qu’il n’est pas vraiment nouveau, comme le rappelle Sciences et Avenir. En 2001, ce sujet a déjà agité la communauté de l’IA lorsqu’une opposition de même nature a eu lieu avec Springer Verlag et la revue payante Machine Learning Journal. Qui a abouti à la création du Journal of Machine Learning Research, publication en accès libre … devenue la référence dans le domaine.

Affaire à suivre.

(1) https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/intelligence-artificielle/plus-de-2-900-chercheurs-boycotteront-la-revue-de-nature-consacree-a-l-intelligence-artificielle_123839
(2) https://www.nature.com/natmachintell/