SAS (pour « Statistical Analysis System »), un nom connu dans le monde de l’analyse de données. Créée en 1976 en Caroline du Nord, l’entreprise a démarré son activité à partir de travaux sur l’analyse de données qui avaient démarré en … 1966. Les premières années de l’industrie informatique !

Tout naturellement, l’entreprise s’est tournée vers le Big Data et il suffit de visiter son site web pour s’en convaincre : https://www.sas.com/fr_fr/insights/big-data/what-is-big-data.html

Comme chaque année, SAS réunit ses clients européens, en 2017 à Amsterdam. L’interview donnée par son PDG et Fondateur, Jim Goodnight, au journal Les Echos le mercredi 18 octobre est intéressante car ses prises de parole sont rarement relatées par la presse française.

D’autant plus que la même semaine, Intel annonçait à grand renfort de communications « avoir conçu un processeur ultra-puissant dédié aux intelligences artificielles » (2) le chapeau indiquant que « Le fondeur s’est allié à plusieurs géants du Net pour concevoir cette nouvelle puce qui sera capable d’apprendre toute seule par son expérience et son environnement. »

Il est vrai qu’il ne se passe pas une journée sans que de nouvelles annonces aient lieu dans le domaine de l’Intelligence artificielle, qu’elles soient le fait d’entreprises ou plus généralement de philosophes et penseurs comme l’a fait Luc Ferry dans le Figaro la même semaine.

Alors, l’interview de Jim Goodnight mérite vraiment qu’on s’y attarde car au risque de troubler la fête de l’Intelligence Artificielle, il s’agit des propos d’un homme d’expériences dont la carrière professionnelle impose le respect.

Le titre de l’article « SAS calme le jeu sur l’intelligence artificielle » donne le ton. Que dit-il exactement ?

Premièrement, que derrière les annonces autour de l’Intelligence artificielle, il y a énormément de marketing avec bien souvent des promesses et peu de réalisations. Et de déclarer « C’est du marketing ! IBM Watson n’est qu’un moteur de recherche nourri avec beaucoup de données. Nous sommes à des années d’une machine capable de penser. ». Et ses collaborateurs de railler des applications d’Intelligence Artificielle dont seul le caractère Artificiel est surtout avéré.

Deuxièmement, que les clients ne sont pas prêts et que seuls 20% de ceux qu’ils ont interrogé à cette occasion disent avoir constitués une équipe de spécialistes. Or, bien souvent ces équipes ont comme mission de … réfléchir à ce qui pourrait être fait, donc une étape de conseils loin de réalisations opérationnelles, comme cela fut le cas sur de nombreux autres sujets. L’histoire de l’industrie informatique est jalonnée de « révolutions » et de « ruptures » qui ne sont pas allées très loin.

Mais au fait, qu’apprend-t‘on avec l’annonce d’Intel ? que « Les puces conçues pour l’intelligence artificielle doivent pouvoir traiter de grosses quantités de données en temps réel ». Très franchement pas vraiment une grande nouvelle ! Tout le monde connait la loi de Moore, et la course à la puissance des processeurs a démarré avec … le premier ordinateur (3).

Alors que penser des déclarations du PDG de SAS qui joue les trouble-fêtes ? Ces concurrents diront « il est en retard et cherche à rabaisser les autres » ce qui est sans doute faux. Plus sérieusement, il indique qu’il faut peut-être arrêter les effets d’annonces spectaculaires, et les conjectures sur la machine plus intelligente que l’homme et revenir à des démarches plus opérationnelles.

Il est évident que les technologies d’Intelligence artificielle comme celles de l’apprentissage automatique (Machine Learning) ont permis de résoudre de nombreux problèmes complexes. Nous nous en faisons écho régulièrement dans ce blog et QWAM Text Analytics est un produit qui repose sur ces technologies et qui est utilisé quotidiennement par de nombreux clients pour analyser les opinions de collaborateurs, extraire les éléments de rapports… Ensuite, faut-il promettre la lune, la machine plus intelligente que l’homme… certains comme le PDG de SAS y voit du marketing, d’autres une thèse du courant transhumaniste… bref peu de rapports avec les problèmes de nos clients !

L’intérêt de la prise de position de Jim Goodnight est sans doute celui-ci : restons un peu sérieux !

(1) https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/030740557623-sas-calme-le-jeu-sur-lintelligence-artificielle-2123306.php
(2) http://www.latribune.fr/technos-medias/informatique/intel-a-concu-un-processeur-ultra-puissant-dedie-aux-intelligences-artificielles-754588.html
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Moore